Le crime pour lequel la famille est arrêtée avec le complice semble être "vol de chevaux" (cf. Chapitre précédent) et relève de la compétence de Dulac. Ce dernier est lieutenant du prévôt de Montpellier, officier d'épée, juge de robe courte. Il veille sur la justice des provinces du Velay, du Vivarais, des Cévennes et du Gévaudan. À ses ordres, des officiers, archers ou cavaliers qui battent les campagnes pour juger. Ce que Dulac a le droit de juger, c'est l'ordonnance criminelle du 26 août 1670 qui le lui dicte.
Selon la procédure, nous pouvons retracer l'histoire des derniers jours de la famille, du moment de leur capture à celui de leur
exécution. Même si bon nombre d'éléments me manquent quant à la forme, le fond de l'histoire a du se passer ainsi :
La capture :
Une fois saisis, les prisonniers sont conduits aux prisons les plus proches du lieu d'arrestation. Ils doivent l'être sous 24 heures sous
peine d'amende pour le prévôt, ici en l'occurrence Dulac. Il lui est interdit pour quelque raison que ce soit, de faire dormir un ou
plusieurs prisonniers ailleurs qu'en prison et surtout pas chez un particulier, pour les mêmes raisons. En théorie donc, la famille une fois
attrappée, a du partir directement en direction de Mende.
L'emprisonnement :
En arrivant à la prison, Dulac fait l'inventaire exhaustif des effets personnels de chacun des prisonniers. L'argent, les vêtements, les papiers,
tout ce que possèdent les voleurs est soigneusement noté devant deux témoins mendois. Ces derniers doivent ensuite signer chaque liste (qui
finira aux archives du greffe de Mende) ou, s'ils refusent de le faire, donner la raison de leur refus, qui sera alors mentionnée sur
le procès verbal.
Les auditions
La première de toutes, Dulac la fait à l'arrivée des accusés aux geôles. Il dirige les auditions avec l'assesseur (adjoint au juge), ainsi
les Rodier ont du être entendus les uns après les autres. Dans les jours qui suivent, les auditions se font devant les juges (au minimum
de sept), au tribunal. Si, lors des audiences, de nouvelles accusations sont découvertes, elles seront jugées prévôtalement, c'est à dire sans
possibilité d'appel par la suite. Le jugement prévôtal est toujours en dernier ressort. On peut donc en déduire deux choses, étant
donnés les détails dont Lafont nous informe dans sa lettre et ceux de la Case matricule de Paul Serres.
Lafont parle de vols sur les grands chemins, de meurtres, d'animaux dressés, etc, la case matricule de Paul Serres mentionne juste un vol de
chevaux... Alors :
Le jugement
Selon la procédure d'époque pour un tel cas, il aura d'abord été décidé au présidial le plus près si le procès relève de la compétence de Dulac ou non.
Ici en l'occurence oui, et Dulac va juger l'affaire dans le tribunal du lieu de capture. C'est pour cette raison que l'on a un jugement rendu à
Marvejols le 17 mars (pour Jacques Bourges) et un le lendemain à Mende. Une fois le jugement rendu, deux minutes sont dressées et signées
par tous les juges. L'une restera au greffe de Mende, l'autre à celui de la maréchaussée - Montpellier - .
L'exécution :
Si le choix lui est donné de faire se tenir l'exécution où il le désire, on comprend que Dulac exécute les voleurs à Mende : la place sur laquelle se
déroulent les exécutions en ce temps là est également celle sur laquelle arrivent les voyageurs venant de l'est et du sud. Rien de meilleur pour
faire passer le mot que dans le coin, on ne rigole pas avec la justice. Selon toute vraisemblance, les prisonniers auront été suppliciés selon
l'ordre de gravité de leur peine :
La famille Rodier a donc très certainement été suppliciée dans cet ordre-ci :